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Les photographes sont tous C H A R L I E

J'ai déjà traité de nombreux éléments permettant de débuter, de progresser, voire d'acquérir une certaine maîtrise en photographie mais tout cela n'est rien s'il manque une compétence ultime !... Cette compétence ultime méritait bien une page entière ! La voici. Il me semble avoir déjà dit quelque part dans ce site qu'il fallait beaucoup regarder le travail des autres, et j'avais bien fait ! En effet, l'apprentissage trouve une grande part de sa source dans ce que ceux qui nous ont précédés ont créé. Les photographes, bien sûr, mais avant eux, les peintres (et même, pourquoi pas les musiciens, ou les cuisiniers...), il faut donc apprendre à voir... c'est ce que nous allons essayer de faire ici...

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ATTENTION : L'ENSEMBLE DES TEXTES ET DES IMAGES EST PROTÉGÉ PAR UN COPYRIGHT DE THIERRY DELORRAINE POUR LE SITE www.thydelor.eu
Au musée (ou équivalent) Au domicile
En soi En rien
Dans les fantasmes de la réalité Le vide
Trouver un maître à imiter Par la pratique (1)
Par la pratique (2)  


AU MUSÉE (OU ÉQUIVALENT)

Je vous proposerai aujourd'hui un voyage dans un musée, dans un livre d'art (si vous n'avez pas accès à un musée) ou à un dictionnaire (si vous n'avez pas accès à un livre d'art). Il ne sera évidemment pas question de déambuler dans les allées (ou de feuilleter les ouvrages) mais bien de s'arrêter systématiquement devant chaque œuvre et de prendre le temps de l'analyser en profondeur avant de passer à la suivante. Attention, il ne s'agit pas d'un marathon (!!!!) ne comptez pas analyser l'ensemble du musée en un après midi (!!!!) ce serait le meilleur moyen de vous écœurer à tout jamais... contentez-vous de trois ou quatre tableaux à chaque visite !...

Devant chaque œuvre doivent revenir les mêmes les questions. Que vois-je ? Des arbres, des gens, une femme et un enfant, un homme qui allume un feu, un chien, des feuilles par terre, un village au loin. Que font-ils ? Ils se reposent, préparent le barbecue.

Maintenant que nous possédons l'ensemble du contenu de l'œuvre, il est temps de se mettre dans la peau de l'artiste. Vous ne savez pas peindre ? Moi non plus, et je ne sais pas plus dessiner (c'est peut-être pour cela que je fais de la photographie !). Mais on sait tout voir. Voyez à quelle heure de la journée la scène se déroulait, voyez l'influence de la lumière de l'astre du jour sur les ombres. Voyez à quel point la femme est proche de l'enfant et à quelle distance se trouve l'homme. Voyez la distance du village. Voyez l'espace entre les arbres, la couleur des feuilles sur le sol. Voyez les vêtements que portent les personnages. Voyez les regards sur les visages. Essayez de peindre mentalement la scène. Une fois cet exercice terminé, regardez à nouveau la scène originale. Il y a toujours tellement plus à voir.

Maintenant, sentez la fumée du feu. Sentez son âpreté dans la gorge et les larmes qu'elle vous tire des yeux. Sentez la poussière du sol et la moisissure des feuilles. Sentez l'air avec les odeurs de bois. Sentez le bruissement des feuilles sous vos pieds. Sentez la température. Sentez la brise. Sentez le poids de l'enfant dans les bras de la mère. Sentez le poids de la vie sur les épaules de l'homme.

Maintenant écoutez. Soigneusement. Le chant d'un oiseau. Quelque chose bouge dans les arbres. L'aboiement du chien. Le crépitement des braises.

La toile, c'est comme une fenêtre. C'est la fenêtre de l'artiste. Chaque fois que vous regardez à travers sa fenêtre, vous verrez quelque chose de nouveau.

Après votre visite au musée, refaites l'exercice de la peinture mentale (faite plus haut) mais utilisez votre boîtier maintenant. Montrez votre monde à travers votre lorgnette. Demandez-vous si les autres pourront voir ce que vous voyez... Vous devrez leur montrer comment trouver ce que vous voyez !...

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AU DOMICILE

La/les visite(s) au musée a(ont) certainement été intéressante(s) et formatrice(s), je n'en doute pas. Votre œil commence à s'ouvrir et à repérer les points importants et intéressants d'une image. Mais ce premier exercice était très simple [il est préférable de commencer doucement !] puisque tout le travail a déjà été prémâché par l'artiste qui avait créé les œuvres que vous avez analysé. Il est temps de passer à l'étape suivante : la vraie vie, mais la vraie vie que l'on ne regarde jamais ! Quelle peut-elle bien être ? C'est très simple, celle que vous vivez tous les jours et que vous ne voyez donc jamais puisque, par habitude, vous traversez cet environnement sans avoir besoin d'ouvrir les yeux : votre environnement propre.

À force de ne pas le voir, vous n'imaginez même pas qu'il puisse y avoir quelque chose à voir... et pourtant... il y a des milliers de choses... Vous pensez qu'aucune de ces choses ne mérite votre intérêt alors que chacun de ces éléments peut très bien mériter la création d'une image photographique !

Votre intérieur dans un premier temps. Essayez de découvrir (je ne dis pas redécouvrir !) votre décoration, votre mobilier. À chaque heure du jour et de la nuit, les éclairages changent et tous les éléments que vous croisez se présentent sous une forme différente. Essayez de repérer ces modifications, elles sont innombrables et vous ne l'aviez jamais remarqué !

Puis essayez de porter votre attention sur des choses que vous ne penseriez jamais devoir observer. Il est grand temps de faire le ménage dans votre salon ? Certes, mais avant de sauter sur vos produits de nettoyage, sur votre aspirateur et vos torchons, voyez à quel point la poussière peut se présenter sous un aspect intéressant... Jusqu'à aujourd'hui, quand vous voyiez de la poussière vous ne la regardiez pas, vous la faisiez disparaître... Aujourd'hui, accordez-lui quelques minutes d'intérêt avant de l'exterminer ! Voyez comme tout ce qu'elle recouvre prend une dimension inhabituelle, voyez comment la lumière se reflète sur les grains de poussière, voyez comme celle qui vole dans le rayon de soleil qui vient de la fenêtre peut être intéressante... Il faut absolument ranger la chambre du petit dernier... certes, mais avant de vous lancer dans cette mission quasiment impossible, prenez le temps de trouver de l'intérêt dans ce joli fouillis, ne dit-on pas qu'un beau désordre est une forme d'art ? Aviez-vous déjà remarqué à quel point ce rideau qui danse sous l'effet du courant d'air par la fenêtre ouverte était gracieux ? Et ces gouttes de pluie sur le carreau de la fenêtre, ces petites perles grossissantes, ne sont-elles pas merveilleuses ?

Et puis, bien que vous n'en ayez aucune conscience, vous avez chez vous de merveilleuses lucarnes animées de vie : vos fenêtres ! Voyez votre jardin, non pas comme votre jardin mais comme une scène où la vie donne représentation, votre fenêtre est une sorte de tableau vivant, ou un écran de télévision qui vous présente un reportage très intéressant sur la nature. Profitez de ce spectacle et voyez comme le frémissement des feuilles de votre cerisier peut être attractif, voyez la course de votre chien, comme c'est intéressant, vous ne l'avez jamais vu comme cela ! Et avec les autres fenêtres, c'est tout aussi intéressant ! Étiez-vous capable de décrire la maison de vos voisins ? Avez-vous remarqué la couleur des façades ? Tiens, cette véranda existait-elle hier ? Et cette voiture garée devant leur maison, est-elle neuve ?

Et ce ne sont là que quelques exemples !... Comme pour l'exercice précédent, refaites l'exercice de la peinture mentale puis utilisez votre boîtier maintenant. Montrez votre monde à travers votre lorgnette. Demandez-vous si les autres pourront voir ce que vous voyez... Vous devrez leur montrer comment trouver ce que vous voyez !...

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EN SOI

Et une étape de plus a été franchie avec succès, je n'en doute pas. Passons à la suite, encore plus compliquée que la précédente, mais qui ne vous posera aucun problème, j'en suis sûr !

Après avoir découvert ce qu'il fallait voir dans une scène, l'étape suivante, tout aussi importante (peut-être plus encore !) consiste à visualiser avant de transposer ce qui est vu dans une image. Je sais, cela n'est pas très clair, je vais reprendre. Cette étape doit vous permettre de voir votre future image avant même que vous ayez réussi à voir votre sujet dans votre environnement !... Impossible ? Absolument pas ! Très simple en fait ! Dans cette page, comme vous avez déjà pu vous en apercevoir, nous avançons doucement, progressivement, sans effort et sans douleur !...

Comment pouvoir conceptualiser une chose ? Tout simplement en plaçant dans une image quelque chose qui n'a pas de forme réelle ! Pour l'exercice d'aujourd'hui, je vous proposerai de lire. Un roman, un classique, n'importe quoi mais qui ne propose aucune image (donc évitez absolument tous les romans-photo et autre bandes dessinées !).

Laissez-vous porter par votre lecture, comme d'habitude, mais efforcez-vous de visualiser les scènes du récit. Non pas comme vous le faisiez jusqu'ici mais tentez maintenant de les visualiser en termes d'images photographiques, incluant les compositions et les éclairages, les proportions, les ombres et les lumières, les textures, etc...

Certes, cela ne paraît pas à la lecture de cet article qui est très succinct, mais cet exercice sera long ! Et ce temps nécessaire n'aura aucun rapport avec le nombre de pages de l'ouvrage que vous avez attaqué ! Un roman de 1000 pages peut éventuellement suffire à lui seul, une nouvelle sera beaucoup plus courte mais, selon ce qu'elle racontera, pourra être aussi riche en images mentales que le pavé précité ! Un huis-clos de 1000 pages sera insuffisant, un roman des aventures d'un explorateur de 200 pages sera extraordinaire pour l'exercice...

Comme pour les exercices précédents, refaites l'exercice de la peinture mentale puis utilisez votre boîtier maintenant. Montrez votre monde à travers votre lorgnette. Demandez-vous si les autres pourront voir ce que vous voyez... Vous devrez leur montrer comment trouver ce que vous voyez !...

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EN RIEN

L'exercice précédent était très sympa et très instructif, non ? Mais il était encore un peu simple ! En effet, l'œil n'apportait plus aucune information, ce qui est un comble au moment de créer une image, mais il n'empêche que votre esprit a été aidé par les descriptions de l'auteur à l'heure de créer des images mentales. Nous allons donc passer au niveau supérieur !...

Aujourd'hui, je vous demanderai de rechercher de la musique. N'importe quelle musique à condition qu'elle ne soit accompagnée d'aucun mot que vous puissiez comprendre ! De la variété internationale dans une langue totalement inconnue, de la musique instrumentale, de la musique classique, de la musique de film (mais d'un film que vous n'avez jamais vu !... c'est très important pour ne pas voir les images du film qui accompagnaient cette musique !), de la musique ethnique. Tout est bon. Personnellement, j'ai un voisin qui joue de la guitare sèche dans son jardin dès l'arrivée des beaux jours, et ses mélodies généralement très douces me permettent de visualiser des images, des scènes, bref, je fais de la photo sans boîtier et sans objectif, les yeux fermés et l'esprit vagabond... Faites-en autant et créez un univers d'images que vous inspire la musique.

Bien sûr, il ne sera pas question de vous contenter d'écouter distraitement une chanson de 2 minutes ! Mais renouvelez l'expérience avec différents types de musiques, l'internet en est plein et vos étagères doivent déborder de vinyles (si, si, il y a encore beaucoup d'amateurs de vinyles !) et autres CDs (si, si, le format MP3 n'a pas mis tous les supports aux ordures !). Ce n'est pas parce que cet article ne fait que deux lignes (enfin un peu plus !) que l'exercice est à bâcler ! C'est, pour le moment, le plus important de tous !...

Comme pour les exercices précédents, refaites l'exercice de la peinture mentale puis utilisez votre boîtier maintenant. Montrez votre monde à travers votre lorgnette. Demandez-vous si les autres pourront voir ce que vous voyez... Vous devrez leur montrer comment trouver ce que vous voyez !...

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DANS LES FANTASMES DE LA RÉALITÉ

Dans le processus d'apprentissage à voir, les jours ordinaires et les événements ordinaires peuvent souvent prendre une signification pour le moins surprenante, sinon profonde, certainement extraordinaire. Aujourd'hui est un jour si ordinaire et si le premier événement était une simple question « Où iras-tu lors de ton prochain déplacement ? » ? Problème assez simple, mais les implications de ce contexte sous-entend que l'on doit voyager pour photographier, trouver de nouvelles destinations, des paysages grandioses, des gens intéressants, des lieux de toute beauté, le coucher ou le lever du soleil sur un nouvel horizon plus excitant, une architecture captivante ou des événements intéressants et dramatiques autres que ceux qui remplissent notre existence de tous les jours. Nous avons besoin d'imaginaire, de spectaculaire, nous devons voir et enregistrer ce que nous n'avons pas ou rendre hommage à la représentation de ce que nous avons : le paysage.

Le photographe (professionnel) voyageur est équipé d'une vision que nous envions tous. Il nous apporte un monde hors de portée. Comme nos voyages, nous planifions nos vies pour réaliser le rêve et revenir avec le butin d'autres lieux, parfaitement distribué dans un diaporama qui sera présenté à nos amis et à notre famille dès notre retour. Voyez où j'étais, et tous seront étonnés par la splendeur de là-bas. Le simple fait d'y penser fait déjà apparaitre en nous des images fantasmées du lieu où on n'est pas encore allé...

Le deuxième événement serait aussi ordinaire que le premier. C'est le jour des grandes courses. Nous voilà sur le parking glauque de la grande surface tout aussi glauque. Et c'est là que la première question nous revient à l'esprit et hop, comme par magie, nous voilà sur un parking à l'autre bout du monde... Le supermarché est devenu une paillotte, une énorme pyramide de fruits exotiques trône devant la porte d'entrée, les autochtones s'affairent dans leurs paréos et une nuée d'oiseaux de paradis nous survole... et tout devient sujet à photographie en ce lieu si repoussant et tellement ennuyeux et tellement connu... On commence à remarquer les formes qui occupent l'espace, mélange de couleurs, interaction entre l'ombre et la lumière, textures et tons donnant une vie visuelle à cet espace profondément enfoui dans la ville où nous avons passé une bonne partie de notre vie. Et d'une façon ou d'une autre, pour une raison ou une autre nous avons toujours raté ça... si nous avions un appareil photo avec nous, à chaque instant, chaque déclic enregistrerait la vérité, une beauté qui ne peut être vue que d'où nous nous trouvons, non seulement dans le lieu, mais aussi dans le temps... ce temps rempli d'hypothèses et d'histoires, de souvenirs, de mots, de poèmes, d'événements, d'images du passé. On peut se revoir faire les exercices précédents et encore plus d'idées d'images nous apparaissent, tout nous guide pour immortaliser ce paysage. Le présent est où nous sommes, debout dans un parking, en attendant quoi au juste ? L'idée de la prise de photographies est devenue une vérification de qui on est et de ce que l'on peut voir. Voyez, je suis là, voyez cette photo, c'est ce que j'ai vu, j'existe et le paysage existe en même temps. Ce parking semble devenir un endroit étrange, comme si j'étais un voyageur du temps et de l'espace, j'enregistrerais ce paysage simple pour l'avenir quand je pourrais encore une fois revenir en arrière et revisiter, revivre cet instant... Mais contrairement au peintre qui compose un paysage à partir de morceaux glanés ci et là, mon paysage est là dans toute sa splendeur. Ma tâche consiste à sélectionner ces éléments qui ont une certaine importance dans ma vision de la vie à ce moment. Pas ce qui est beau mais ce qui est vrai pour moi à cet instant... La beauté viendra plus tard.

Tout le monde a une vision personnelle de la vérité. Nous pouvons tous la trouver et la photographier comme nous le voyons. Quand cela sera fait, la beauté sera révélée. Trouver votre vérité peut être plus simple que vous ne le pensez.

Comme pour les exercices précédents, refaites l'exercice de la peinture mentale puis utilisez votre boîtier maintenant. Montrez votre monde à travers votre lorgnette. Demandez-vous si les autres pourront voir ce que vous voyez... Vous devrez leur montrer comment trouver ce que vous voyez !...

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LE VIDE

Nous ne sommes jamais vraiment seuls. Où que nous soyons, il y a toujours une présence, la proximité de quelque chose, un autre humain, un animal etc. Nous ne sommes jamais séparés du monde naturel et de sa diversité. Nous respirons son air, marchons dans ses traces, nageons dans ses eaux, partageons sa chaîne alimentaire et contribuons à son existence ou sa destruction.

Lorsque nous photographions, nous regardons dans le paysage pour trouver sa beauté. Nous voulons qu'il fasse partie de nous comme si les sentiments qu'il faisait naître en nous pouvaient nous transformer. Nous chassons la flore et la faune et nous nous voyons dans leur comportement. Leur beauté est devenue la nôtre quand nous la photographions. Notre boîtier scrute le ciel et la mer pour trouver des signes de vie et vérifier notre propre existence. Je suis là, voilà ce que je vois.

Mais qu'en est-il de l'espace, le vide, le vide qui comble les vides. Je ne sais plus qui disait « Il n'y a que deux vérités : les atomes et l'espace ; le reste n'est que conjecture ». Si on admet qu'il n'existe effectivement que ces deux états le quelque chose et le rien, ce que nous photographions habituellement c'est le quelque chose (les atomes). Il constitue ce que nous recherchons, les objets de notre attention, le point sur lequel fixer notre autofocus. Nous remplissons notre cadre avec ces quelque chose (des atomes et des molécules). Nous composons sur la forme, la forme des solides, la forme des liquides et la forme des vapeurs (ou des gaz).

En tant que photographe, il faut toutefois être conscient de la substance qui se trouve entre les formes, le vide qui borde les surfaces et les textures de ses sujets. Il sera donc question, dans l'exercice d'aujourd'hui, de photographier cet abîme, ce trou béant, ce manque.

Comment ça, on ne photographie rien ? Certains photographes ont décrit ce vide comme un « espace négatif ». Ils ont commencé à l'utiliser comme un moyen de décrire visuellement le contenu de l'image. Il était utilisé pour ourler la forme ou remplir le cadre comme s'il s'agissait d'un verre à moitié vide dont l'on ne veut pas gaspiller ce qui y reste de contenu... Il est donc plus facile de remplir le récipient avec tout ce qui est disponible. Mais qui, doté de bon sens, qui voudrait faire du « vide » un sujet photographique ? Est-ce que nous regardons un mur blanc en nous questionnant sur sa beauté ? Allons-nous lire une page vierge ou boire un verre vide ?

Voyez les peintures de Brice Marden (ici par exemple). C'est comme se tenir au sommet du mont Everest et se rendre compte qu'on est à la limite de tout et que le reste n'est que de l'espace, vide, creux, infini. Savoir que l'on peut en faire quelque chose que l'on aime.

Trouver l'espace et le photographier ? C'est assez facile à trouver, il y en a partout. Il remplit le ciel et la terre, il couvre les plafonds, il me tient à distance des autres et pourtant me rapproche des miens. Comme c'est merveilleux l'espace. Il occupe les immeubles, les rues, les jardins, le verre que je tiens et tout ce qui se trouve derrière le miroir. Il se glisse dans chaque crevasse et la remplit de splendeur visuelle. Il n'a pas de couleur, pas de texture, pas de forme, pas de propriétés en soi mais il donne vie à tout ce qu'il englobe. Nous pouvons le regarder, y pénétrer et en sortir, nous pouvons être entouré par lui ou l'entourer. Mais photographier ce « truc » n'est pas facile. C'est insaisissable. Quand vous pensez que vous l'avez trouvé, le temps de prendre votre appareil photo, il aura disparu, pour être remplacé par un chien ou une voiture ou un membre de la famille ou un coucher de soleil à l'horizon. Si vous l'attendez, il ne viendra jamais, si vous le cherchez, il vous échappera. Le problème de l'homme est le même depuis son apparition : il y a un espace là-bas, je vais pouvoir y mettre quelque chose !... Aussi, l'exercice d'aujourd'hui est de rechercher l'espace vide et essayer d'en faire quelque chose en photographie plutôt que d'essayer de le remplir... Même si c'est l'endroit qu'il faut remplir, comme un blanc dans une conversation, nous allons faire exactement le contraire !...

Ah, vous pensiez que les exercices précédents étaient difficiles ? Créez donc de bonnes images de vide ! Montrez votre monde à travers votre lorgnette. Demandez-vous si les autres pourront voir ce que vous voyez... Vous devrez leur montrer comment trouver ce que vous voyez !...

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TROUVER UN MAÎTRE À IMITER

Oh, rien de bien compliqué ! Le plus grand maître qui vous montrera comment apprendre à voir devrait se trouver pas très loin de vous... Quel plaisir de voir grandir un enfant. Ils apprennent si vite. Mouvement, sons, goûts, tendre la main, trouver des choses et... voir !... Eh oui, le plus grand maître que l'on puisse trouver est... un tout petit enfant !... L'espèce humaine étant très prolifique, il y a peu de chance qu'il n'existe aucun bébé à proximité !... En dehors du centre cérébral de la parole, le cortex visuel représente la plus grande zone du cerveau traitant une fonction autre que le mouvement et la vue est responsable de 80% de l'acquisition sensorielle et de l'apprentissage pour une personne voyante. Un photographe étant une personne curieuse, il doit regarder et apprendre de ces petits enfants. Ils peuvent nous apprendre à voir...

Ils regardent intensément, les yeux écarquillés, avec insistance, comme si tout était nouveau (et ça l'est !). Au fur et à mesure que chaque objet, lieu ou visage apparaît, ils capturent ce qu'ils voient et les placent soigneusement dans leur mémoire. Les objets deviennent familiers, reconnaissables et reproductibles. Ils commencent à chercher, chercher des choses qu'ils savent exister dans leur mémoire. Ils relient ces visions avec des lieux et des expériences. Les relations sont formées. Ils apprennent à voir avec leurs autres sens. Ils apprennent à savoir où se trouvent les objets et ce qu'ils signifient. Ils apprennent à associer le réel et le symbolique. Une photo sur le mur, une représentation d'un animal dans un livre, un reflet dans le miroir, un autre humain ou quelqu'un qu'ils connaissent bien : eux-mêmes...

Le processus est lent au début, freiné par les contraintes physiques, puis par les limitations expérientielles d'un enfant. Ses yeux vont et viennent à travers l'espace dans une recherche sans fin de sens. Quand une connexion est établie, l'enfant réagit. Un sourire, une expression perplexe, un signe de peur, un moment d'hésitation, de joie, d'anticipation, d'excitation. Le bébé apprend que voir est un moyen de découvrir. Il apprend à apprécier l'expérience. Le contact visuel entre les autres humains est gratifiant pour lui. Voir devient enrichissant. Ils apprennent à voir et à reconnaître les formes et les couleurs. Ils établissent des préférences et des partialités pour certains objets et certaines personnes. Ils apprennent à associer des mots à des objets et ils apprennent à les prononcer. Ils apprennent à lire. Ils apprennent leur langue, mettent des idées en mots pour décrire ce qu'ils voient. À la racine de tout cet apprentissage se trouve le sens de la vue. (Un enfant aveugle apprend tout cela par un processus entièrement différent et les autres sens doivent combler les lacunes où le manque de vision laisse les espaces d'apprentissage dépourvus de stimulus).

À mesure que ce processus d'apprentissage se poursuit, l'enfant apprend à se concentrer. Dans un monde visuel quelque peu déroutant et sur-stimulant, l'enfant doit apprendre à isoler les choses importantes et ignorer celles qui sont sans importance. Nous apprenons à un enfant à concentrer son attention. « Regarde à droite ! », « Gardez vos yeux sur ce que vous faites », « Regarde-moi ! », « Arrête de regarder ça ! »... Nous apprenons à être sélectifs dans notre vision. C'est une compétence très importante pour nous tous. C'est nécessaire pour notre survie.

À mesure que nous grandissons et que nous nous développons, nous entamons un nouveau processus de sélection basé non plus sur l'isolement visuel, mais sur un isolement cognitif où notre apprentissage déjà existant commence à ne sélectionner que les choses que nous trouvons pertinentes à un moment donné. Ce processus de sélection est influencé par notre mémoire, notre compréhension, nos croyances, nos coutumes et nos connaissances. Dans un sens, notre vision semble se rétrécir. Nous ne voyons plus avec les yeux d'un enfant mais ceux d'un adulte. Cette nouvelle vision peut nous aveugler. Nous conduisons sans remarquer où nous sommes. Nous ne reconnaissons pas les gens que nous connaissons pourtant. Nous ne voyons même pas notre nez. Nous lisons et relisons les mêmes choses. Quelque chose semble sortir de nulle part et pourtant il se trouvait là depuis toujours, comment ai-je pu ne pas le voir ? C'est un phénomène particulier qui nous caractérise tous.

Et à propos des images ? Nous jetons un coup d'œil rapide à une image. Cela ne nous intéresse pas, alors nous passons à autre chose... Nous pourrions pourtant essayer de réfléchir assez longtemps pour y trouver quelque chose. Nous pourrions avoir des connaissances que nous pourrions appliquer. « Point de vue intéressant », « Cet horizon pourrait être situé un peu plus haut ». « Bien vu ! ». Pourquoi la vision de certaines personnes n'est-elle pas brouillée par leurs propres expériences, connaissances, préjugés et attentes ? Ont-elles saisi l'occasion, comme un enfant, de chercher de nouvelles expériences, de développer ce qu'elles savaient déjà, de « voir » comme un enfant, de chercher dans le cadre des détails, des indices, des connexions. Le photographe nous présente une vue du monde, soigneusement présentée dans un cadre. Cette vue particulière est unique. Cela n'a jamais été vu de la même façon. Le photographe voit quelque chose qui vaut la peine d'être enregistré, mérite d'être partagé, vaut la peine d'être exprimé à sa manière. C'est l'empreinte visuelle de cet endroit particulier à ce moment-là par une personne. Et comment répondons-nous ? « Jolies couleurs »... L'adulte voit et s'efforce souvent d'éliminer ce qu'il ne comprend pas, ne conçoit pas ou ne croit pas. Nous résistons à la sensation de peur de les mal comprendre. Nous ignorons le symbolisme de peur de stimuler nos propres sentiments. Une feuille morte est une feuille morte et non un symbole de perte ou de deuil. Un pétale tombé ne peut pas montrer un moment de tristesse. Un vase blanc ne nous montre pas la pureté de la forme, c'est juste un vase. Quelque chose qui semble hors de propos est une erreur et doit être corrigé ou abandonné... Si nous apprenions à voir comme l'enfant, nous ouvririons un nouveau monde à notre vision et nous l'ajouterions à nos propres expériences. Nous apprendrions sur les gens et les lieux. Nous verrions les connexions et les relations. Nous partagerions un monde comme aucune autre génération n'aurait pu jamais le faire auparavant. Ne laissons pas le monde disparaitre. Arrêtons-nous un moment et réfléchissons. Apprenons à voir comme les enfants...

Ah, vous pensiez que les exercices précédents étaient difficiles ? Créez donc de bonnes images spontanées de ce que la libération (levée des tabous typiquement adultes) de votre vision vous dévoile ! Montrez votre monde à travers votre lorgnette. Demandez-vous si les autres pourront voir ce que vous voyez... Vous devrez leur montrer comment trouver ce que vous voyez !...

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PAR LA PRATIQUE (1)

Tout ce que vous avez pu trouver jusque-là sur cette page était pour le moins théorique pour ne pas dire philosophique (!!!) c'est pourquoi je pense vous avoir donné suffisamment de matière et d'entrainement pour, enfin, pouvoir poursuivre votre entrainent avec des sujets pratiques !...

Cette première épreuve pratique sera la plus simple de toutes, mais présentera tout de même pas mal de freins pour débuter ! Accrochez-vous, vous allez vous surprendre, à condition d'avoir bien lu et bien mis en applications les exercices proposés ci-dessus... car, bien sûr, débuter votre entrainement à voir par cet article serait totalement contre-productif !...

Pour découvrir des sujets potentiels il faut de fixer un thème. Mais se fixer un thème est très limitatif donc complexifie énormément la tâche !... C'est pourquoi, je vous proposerai un thème très vaste et très souple pour débuter l'apprentissage pratique : « tout ce qui peut trainer chez vous ».

Il n'est pas question pour vous de créer des œuvres d'art dans le cadre de ce premier exercice pratique, bien que, avec un peu de sérieux, vous pourrez vous surprendre à créer des images très intéressantes !... De la même manière, il n'est pas nécessaire d'utiliser du matériel photographique évolué, un simple smartphone -puisque tout le monde en possède un- même de bas de gamme fera très bien l'affaire !... En effet, le but de l'exercice est de trouver des images originales ou intéressantes, et pas de jouer sur la profondeur de champ ni sur les éclairages évolués !

Mais que peut bien vouloir dire « tout ce qui peut trainer chez vous » ? Je pense que c'est très clair... déambulez chez vous armé de votre smartphone, le grenier, la cave, l'atelier, le garage, la salle de jeu, la cuisine, la chambre, le jardin, tout est bon puisque partout, absolument partout, il existe des petits détails intéressants... ce sont eux qu'il s'agira de mettre en scène ! Je vous donnerai ici quelques exemples très parlants, il ne s'agit pas de grande photographie académique... donc laissez libre cours à votre imagination, sans peur et sans honte !...


des objets

des ombres

des formes et des textures

des fruits et/ou des légumes

des couleurs

des contrastes

des visions originales...

Vous voyez que tout est bon !... Allez-y donc, laissez libre cours à toutes les folies... un smartphone n'a pas un nombre maximum de déclenchements (contrairement à un appareil photo) !...

ATTENTION : L'ENSEMBLE DES TEXTES ET DES IMAGES EST PROTÉGÉ PAR UN COPYRIGHT DE THIERRY DELORRAINE POUR LE SITE www.thydelor.eu

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PAR LA PRATIQUE (2)

Après avoir lu les articles précédents, vous devez déjà entrevoir la technique d'évolution que je vous propose. Pour cet exercice pratique n°2, nous allons reprendre le principe de l'exercice pratique n°1 (voir ci-dessus) mais en limitant drastiquement le champ d'application ! Pour aujourd'hui, je vous propose de choisir un sujet débile et pas inspirant du tout !... Je ne vous en imposerai aucun, à vous de voir ce qui vous laisse de marbre et choisissez-le comme sujet d'étude... Personnellement, je vais choisir les bancs publics (oui, je suis en train d'écouter un CD de Georges Brassens, comment avez-vous deviné ?)... c'est peut être bien pratique, peut-être sympa pour les amoureux, mais pour ma photographie... pfff!!!! non merci !.... Donc, si !... je vais partir sur les bancs publics !!!...

Bien sûr, il n'y a pas grand-chose à dire d'un banc public... alors autant essayer de jouer avec tous les outils de composition à notre portée... La localisation dans l'image, la profondeur de champs longue ou courte, les équilibres de masses, les lumières et les ombres, etc... Un banc public peut se situer dans un parc en ville, aussi il peut être intéressant de le laisser dans son environnement urbain en zone verte...

Mais un bête banc public peut être un guide nous amenant à vivre un moment magique dans un cadre merveilleux du patrimoine... Le sujet est le banc, mais il est ultra-minoritaire dans l'image, il sera toutefois l'élément capital de l'image... il sera le point d'entrée vers le passé et le point d'arrêt dans la lecture de l'image, une invitation à se poser et à apprécier le cadre...

Mais le banc peut représenter l'exacte antithèse à ce qui a été dit au-dessus, le banc est devenu le sujet principal (unique), il est intéressant puisque perdu au milieu de nulle part, en pleine forêt, et être une œuvre d'art à part entière grâce à la marque du temps. La profondeur de champ ridicule découpe le banc, le premier plan (net) souligne l'attaque des lichens et des champignons donc l'histoire du banc et l'arrière-plan (flou) ne sert qu'à montrer que c'est le banc et pas la nature qui reprend ses droits qui est le sujet de l'image...

Mais un simple banc peut également être porteur de symbole. Le long de ce long chemin, le banc représente un havre de paix et de repos pour le marcheur... En effet, le banc est une zone claire dans l'ombre des arbres, c'est un signal de lecture de l'image. Le banc semble également bloquer le passage du chemin (du à l'angle de prise de vue) ce qui marque bien qu'il s'agit d'une invitation à ralentir, voire à s'arrêter, ne serait-ce qu'un instant...

Mais un beau banc peut très bien servir de faire valoir à un autre élément (ici le chien) sans pour autant reléguer la photo dans le hors sujet...

Le but de cet exercice ? Profitez d'un sujet imposé (par vous !) -qui ne vous inspire pas du tout- pour mettre en application toutes vos connaissances, tout votre talent, tout votre art (et accessoirement tout ce que vous avez pu apprendre dans les pages de www.thydelor.eu). Vous ne créerez peut-être pas des chefs d'œuvre -mais ce n'est pas impossible- et cela vous ouvrira en grand les portes d'une création intéressante quel que soit le sujet traité... et, en analysant vos résultats à cet exercice, vous découvrirez ce que vous avez été en mesure de voir dans les scènes photographiées et cela vous ouvrira de larges horizons photographiques.

ATTENTION : L'ENSEMBLE DES TEXTES ET DES IMAGES EST PROTÉGÉ PAR UN COPYRIGHT DE THIERRY DELORRAINE POUR LE SITE www.thydelor.eu

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